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L'insignifiant de la féminité
Mirian Giannella
Résumé
Réflexion à propos des erreurs de traduction dans l'histoire de la psychanalyse et de leurs trajets dans l'approche de la féminité. La traduction de Strachey par "refus du féminin" de trois termes différents de Freud peut n'être qu'une erreur de traduction, erreur aussi dans le livre de Pommier L'Exception Féminine qui construit cette notion d'insignifiant de la féminité. Hommes et femmes, nous sommes également renvoyés au non-savoir par la polysémie de la langue et à une jouissance phallique en position d'objet du désir de l'Autre, ce qui constitue un fantasme inconscient qu'il s'agit de désarticuler. Nous n'allons pas nous délivrer facilement de Lacan par les féministes ni des féministes par Lacan.
Mots-clés : femme, féminité, Lacan, féministes.
Resumo
Uma reflexão sobre os erros de tradução na história da psicanálise e seu percurso na abordagem da feminilidade. A tradução de Strachey para repúdio à feminilidade de três diferentes termos de Freud pode não passar de um erro de tradução, erro também no livro de Pommier que constrói a noção de insignificante da feminilidade. Homens e mulheres, somos igualmente remetidos ao não-saber pela polissemia da língua e a um gozo fálico em posição de objeto causa do desejo do Outro, o que constitui uma fantasia inconsciente que se trata de desarticular. Não vamos nos livrar facilmente de Lacan com as feministas e nem das feministas com Lacan.
Palavras-chave : mulher, feminilidade, Lacan, feministas.
Resumen
Una reflexión sobre los errores de traducción en la historia del psicoanalisis y sus trajectos en el enfoque de la femineidad. La traducción de Strachey por "rechazo de lo femenino" de tres terminos diferentes de Freud puede ser solamente un error de traducción, error también en el libro de Pommier "Exceção Feminina", que construye la noción de insignificante de la femineidad. Hombres y mujeres somos igualmente enviados al non saber por la polisemia de la lengua y a un goce fálico en posición de objeto del deseo del Otro, lo que constituye un fantasma inconsciente que se trata de desarticular. No vamos a liberarnos facilmente de Lacan por las feministas, ni de las feministas por Lacan.
Palabras llaves : mujer, femineidad, Lacan, feministas.
Une erreur de traduction trouvée dans le livre de Gérard Pommier en portugais, A Exceção Feminina, viendrait réactualiser le sort jeté sur les femmes par la psychanalyse ? Refus est devenu un mot récurrent dans les discussions pour exprimer le rapport entre la psychanalyse et le féminisme. Le refus de la féminité peut n'être qu'une erreur de traduction, un cauchemar en langue anglaise, comme Rachel Bowlby l'interprète en examinant la traduction de Strachey de trois différents termes allemands de Freud par l'anglais repudiation, refus en français, traduction qui, depuis lors, limite les destins de la psychanalyse, de la féminité et du féminisme.
De même, l'édition brésilienne du livre de Pommier vient proposer une charade à l'entrée d'une approche de l'ouverture qui propose l'absence d'un signifiant de la féminité, du fait de l'intervention d'une traductrice redoutable, une féministe peut-être, puisqu'en joignant seulement deux lettres, elle retire toute l'importance du signifiant ou de son absence, et le transforme en insignifiant. Est-ce que par cet acte elle essaye de placer la féminité, la traduction, la psychanalyse, Lacan, Pommier, nous tous dans notre place insignifiante ? Vous voyez là comment peut se manifester le pouvoir du traducteur ?
"L'absence d'un signifiant propre à la féminité" dans la phrase déjà assez énigmatique de Pommier est devenu "l'absence d'un insignifiant propre à la féminité..." à l'édition de la Zahar, au début de la page 36. Concept que Pommier essayait de développer en disant qu'il "pose une question qui ne va pas sans réponse si on peut toutefois appeler réponse ce qui va du vide au manque, de la cause du désir à l'incarnation du phallus. De l'ostentation des insignes de la féminité au mystère du corps, le défaut d'identification féminine trouve sa parade en deux lieux qui échappent au langage. Le premier répond au désir de l'homme, à sa jouissance où, dans son rapport pervers au phallus, il dénie sa propre castration. Mais le second va au-delà, car l'être du phallus ainsi incarné se perd dans une Autre jouissance à laquelle l'homme reste étranger. "
Catherine Alcouloumbré, contactée à travers la liste de discussion Freud-Lacan, a eu la gentillesse de m'envoyer par e-mail ces deux paragraphes de l'original et la plus belle invention se trouve au paragraphe suivant :
"Le phallus ne signifie nullement qu'il n'y a qu'une seule relation au sexe" que je peux traduire par : O falo não significa de modo algum que haja apenas uma relação ao sexo, au livre de la Zahar devient : O falo não significa de modo algum que só hoje haja uma relação com o sexo. Intéressant, n'est-ce pas ? Hoje haja, Aujourd'hui il y a limite le sens dans le temps... De plus, qui a rajouté ce mot : aujourd'hui ? Et le in devant le signifiant ? Avec quelle intention ? Ça, on ne le saura jamais ! Coupure du sens, ouverture à d'autres sens.
Zahar n'a pas répondu à ma demande d'éclaircissement, et si certains ont trouvé d'autres erreurs, j'aimerais bien connaître les commentaires, les travaux et ce qui a été possible par rapport au livre. Gérard Pommier a fini par m'envoyer le livre en français, dans une deuxième édition augmentée de deux chapitres finals.
Ce que j'ai pu penser des sens auxquels ça peut nous renvoyer est venu se croiser avec un livre qui est à mon chevet : Para Além do Falo, uma crítica a Lacan do ponto de vista da mulher, traduction en portugais de Between feminism & psychoanalysis.
L'insignifiance de la traduction se repère d'emblée, en effet, les erreurs arrivent, inévitables : omission de phrase, de paragraphe, de mot. Mais en ajouter est plus difficile ! Et ce n'est pas tout signifiant qui est devenu insignifiant, un seulement dans la tentative de le faire passer inaperçu. Tout mène à penser qu'il y a eu erreur délibérée, petit jeu démontrant l'intervention du désir de quelqu'un qui s'est trouvé impliqué par les signifiants transcrits.
J'arrive à supposer le refus du signifiant comme pouvant nous dire quelque chose. Est-ce qu'il essayerait de marquer par cet acte le phallocentrisme du discours lacanien ? Dans la ligne de la critique de Derrida à Lacan du phallologocentrisme. Comme si le Phallus, ?, Grand Phi de Lacan se confondait avec le pénis. Est-ce qu'il refuserait d'accepter le phallus comme le signifiant primordial pour les deux sexes ? Est-ce qu'il dirait ainsi que la liaison phallus-pénis est gênante ? Que phallus devrait être un signifiant neutre qui ne dirait que du manque qui nous amène à parler, comme essayent de le penser quelques féministes ?
Est-ce que la traductrice, Dulce Duque Estrada, psychanalyste membre du Colégio Freudiano do Rio de Janeiro qui traduit une grande partie des livres de la Zahar, serait en train de revendiquer son statut de co-auteur ? En assumant une position active de quelqu'un qui sait qu'il intervient dans le texte, se servant de son pouvoir, elle inverse le message, dans un geste minimum, et subvertit le sens en indiquant l'insignifiance de tout langage qui essaye d'appréhender l'insaisissable ? Est-ce qu'elle essayerait de subvertir la position de la femme dans le discours masculin ? L'élaboration sur l'ouverture au féminin que l'auteur essayait de signifier, ainsi que notre désir de l'appréhender, deviennent insignifiants. Penserait-elle, comme beaucoup d'autres, que l'effort d'appréhender ce langage hermétique ne vaut pas la peine ? Je regarde la page qui contient les noms de ceux qui ont participé à la production éditoriale, plusieurs sont impliqués, peut-être n'importe qui, mais c'est à la traductrice qu'incombera la responsabilité .
L'insignifiance des signifiants de Lacan hante. Ça m'a rappelé la question posée par un ami : " Tu es encore lacanienne ? ". Après lui avoir dit que je traduisais pour une lacanienne, il a dit : "Moi, je ne vais pas ânonner les signifiants de Lacan si personne ne veut savoir." Et il est allé étudier la philosophie. En tant que traductrice, je ne traduis pas seulement de la psychanalyse lacanienne, ni seulement de la psychanalyse. Je crois que chacun a un apport et peut avoir sa place. Et je veux encore accompagner Lacan dans son retour à Freud. Le langage de Bion me paraît bien plus difficile. Je ne crois pas que nous devons nous enfermer dans les idiolectes : quel est le lecteur visé ? Cette interrogation doit nous guider. Un lecteur est ouvert au monde.
Cette erreur de traduction renvoie aussi à l'insignifiance des femmes. Elles, parce que châtrées, ne sauront jamais rien, paraissent penser beaucoup d'hommes, elles sont nos objets de jouissance, en une version encore actuelle du despotisme masculin. Elles n'ont pas compté longtemps, maintenant elles essayent de se raconter des histoires, d'écrire une nouvelle histoire, quand elles ne viennent pas avec leurs histoires à elles, les mauvaises histoires, parce que ce ne sont pas leurs histoires à eux.
Il peut nous faire appréhender l'insignifiance de la féminité, de l'absence d'un signifiant, d'un trait qui lui garantirait l'appartenance à la classe des femmes, ce qui la laisse ainsi désespérée derrière une détermination et dans un manque d'assurance du fait qu'il n'y a aucune position garantie au-delà de l'objectal.
Pour expliquer la phrase de Pommier, plusieurs textes ont été mis à contribution. Les textes lacaniens convergent en ce point d'absence de toute garantie de quelque chose qui définirait la féminité : comme l'articule Marie-Christine Laznik, cela s'appuierait sur une image externe associée à une voix, la voix du miroir de la belle-mère Blanche-Neige : " Tu es la plus belle de toutes les femmes, tu es l'unique. "
La femme n'existe pas, mais les femmes, une femme, dans sa singularité, elle existe. Il n'y a pas de trait spécifique de la féminité, mais spécificité de la privation du trait. Elle n'est pas-toute à la castration, pas-toute à être le phallus et il y aurait une ouverture à une jouissance Autre au-delà de la phallique.
Je veux approcher cette notion de pas-tout à travers un vécu récent. Révisant, en vue d'une réédition, une version scannée de l'História da Cia. de Jesus no Brasil du Père Serafim Leite, livre magnifique en dix volumes de lettres et recherche historique en portugais archaïque, espagnol, français, anglais, j'ai été confrontée aux choix que soulevait l'actualisation orthographique : lorsque le texte était entre guillemets, on ne devait pas corriger, mais actualiser le discours de Serafim Leite en l'orthographe des années 50. Nous nous trouvâmes face à Bahia avec h, ça remet à l'état de Bahia et Baía sans h, ça remet à l'accident géographique. L'autre collègue, qui était en position de tout savoir, voulait donner l'ordre de modifier chaque occurrence de Bahia en l'écrivant avec la lettre h. Je m'y suis opposée avec insistance : pas toute Baía s'écrit avec h ! Il y avait la ville de la Baía, un autre nom de la ville de São Salvador aux bords de la Baía de Todos os Santos, où il y a beaucoup de coco-da-baía, sans h. La faille où j'ai pu me glisser a été d'ouvrir un trou au savoir tout, fermé, en plaçant le pas-tout, il y a des exceptions. Personne ne sait tout, dans la plupart des cas, c'est une question d'option. Les mots ont différents sens selon le contexte où ils se trouvent et selon les lecteurs. Celle-ci, c'est la nouvelle base pour le traducteur à l'époque de la post-modernité.
Dans la constitution du moi, ce sont les signifiants de l'amour, des idéaux de la mère qui viennent supporter et fixer une image phallicisée, idéalisée, complétée par leur regard. L'identification de la fille avec le père se passe dans une scène fantasmatique, dans laquelle le père vient occulter, couvrir, il vient à la place du manque de la mère, et la fille s'identifie à ce père, point aveugle qui colmate le manque. La fille vient avec son corps au lieu du Phallus, dans cette identification, et entre dans le domaine du feindre, du simuler, du dissimuler, du séduire, puisque le phallus n'est là que voilé, c'est ça la mascarade féminine, celle de couvrir le corps par des voiles, se masquer, occulter le manque, représenter le phallus, la vérité pour l'homme.
Il y a un passage à faire et la ménopause en est une grande opportunité, moment où le phallus tombe, la structure montée sur la beauté, la maternité doit être désinvestie pour trouver de nouveaux objets d'investissements. S'assumer en tant que sujet singulier implique de faire le deuil des idéaux de la mère, ne plus rester fidèle à l'image fixée par son désir, par son amour ou sa haine d'ailleurs. En reconnaissant que la mère ne donne pas toute la jouissance, on peut sortir de la position de ne rien pouvoir recevoir de ce qu'elle a à donner, et passer à celle de pouvoir recevoir ce que l'homme et les autres ont à donner.
Pour le traducteur, et même pour le transcripteur, il s'agit de savoir que les mots ne disent pas tout, qu'il y a un au-delà, que ni la transcription n'est pas une copie fidèle, ça exige pas mal de création, au minimum des paragraphes, des ponctuations, tant l'écoute que la lecture impliquent du malentendu, il peut choisir de quelle façon il va intervenir et expliciter les questions en jeu sachant que rendre le texte lisible dans la langue cible oblige à l'adapter au code usuel.
Marie-Christine Laznik en expliquant les formules de la sexuation à un certain moment de sa vidéoconférence à Curitiba (Paraná, Brésil, 2000) a dit ainsi : "Pendant que l'homme est dessiné comme sujet, $, imaginez-vous quand les féministes américaines auront découvert que la femme n'apparaît pas comme sujet aux formules de la sexuation ! Elles qui ont Freud en horreur, je ne sais pas ce qu'elles vont faire avec Lacan ! "
Elles ont déjà fait, sont en train de faire. Pas toutes ont horreur de Freud et de Lacan et beaucoup d'entre elles cherchent par où avancer. Elle méconnaît, comme la majorité des psychanalystes, le mouvement des féministes qui, à travers Althusser, a été renvoyé à Lacan, puisque celui-ci avait quelque chose à dire sur la sexualité féminine. Elles ont débattu et écrit de façon bien approfondie autour des impasses surgies dans le livre Between feminism & psychoanalysis, de 1989.
Marie-Christine développe plus sa pensée sur les questions posées par les féministes dans sa thèse, Sexualité Féminine à la ménopause, à laquelle j'ai eu accès : 500 belles pages sur la femme après la quarantaine. Son travail est fort intéressant et elle arrive même à poser un Complexe de Jocaste jusqu'à maintenant maintenu irreprésentable, pour parler de cet amalgame. qui peut se constituer entre une mère et un fils, et les sentiments incestueux qui peuvent dévier la sexualité érotique en tendresse.
J'ai eu contact avec la littérature féministe à Paris, de 1978 à 1982, au côté de Regina Prado qui traduisait Clarice Lispector en français, aidée par Hélène Cixous. J'ai pu suivre quelques séminaires d'Hélène, à Vincennes et il m'a semblé qu'elle se servait de Lacan et de la psychanalyse à ses propres fins, de la même façon Rosemary Arrojo, dans les Études de la traduction à la post-modernité, à l'Université de Campinas, São Paulo, Brésil, en 1997, vient déconstruire le traducteur fidèle, en partant de Derrida et en survolant rapidement aux États-Unis et les "Gender's studies". En certains endroits, l'entrée de la psychanalyse à l'université s'est faite à travers les départements de littérature.
La déconstruction du traducteur, dans les grandes lignes, comprendrait les points suivants : il est exigé de la fidélité du traducteur, mais le sujet est fidèle à qui ? À l'auteur, à l'éditeur, au critique de traduction ? En dernière instance, il est fidèle à son désir. L'analyse de la position du traducteur comme une position féminine, servile, dévalorisée, celui qui fait du travail manuel mal payé et même non payé. Dans l'analyse de textes, l'approche, héritière de Marx, Nietzsche et Freud, vient châtrer l'auteur, le texte original et la traduction. Tout discours est déterminé historiquement, politiquement, géographiquement, idéologiquement et inconsciemment. Qui signe le texte est l'oreille du lecteur, sa lecture toujours propre.
Il est nécessaire de concevoir le fétichisme au passage qui transforme l'objet phobique en objet fétiche pour comprendre la notion de point aveugle, dans l'essai de saisir le désir de l'auteur. Il s'agit de situer l'objet de son désir, le phallus pour lui, ce qu'il ne peut pas voir, comment il essaie de couvrir le manque de superposition parfaite des langues, ce qu'il défend et ainsi le déconstruire. Il veut passer inaperçu s'il est identifié à l'ombre du père fidèle au désir de la mère, à un supposé texte original dans le cas du traducteur, ou il s'assume comme sujet de son discours et de ses interventions et les rend explicites dans son texte. Il ne faut pas essayer d'escamoter l'agressivité avec de la neutralité impossible, la mort de l'auteur et du texte original sont nécessaires pour que le traducteur traduise. Il faut prendre la critique en considération pour défendre sa lecture et son interprétation. Et le texte ne sera rien de plus qu'une articulation bien construite.
J'ai su, à ce moment-là, qu'il y avait des traductrices féministes canadiennes se servant de leur pouvoir pour subvertir les discours masculins, et ça été aussi quand j'ai commencé à lire le livre dont Lacan lui-même suggère le titre au chapitre VI d'Encore, en disant que peut-être ça donnerait une autre consistance au MLF : Au-delà du phallus. Seulement là, je ne suis pas allée chercher l'original, ce livre est d'une approche difficile. Je crois qu'une grande part de cette difficulté est due à la traduction, mais c'est aussi parce que ce n'est pas idéologiquement qu'elles abordent la question.
Il s'agit d'une compilation d'articles de féministes, quelques-unes psychanalystes, ayant comme base une série de quinze séminaires réalisés à l'Université de Cambridge, au King's College et à la Faculté de Sciences Sociales et Politiques, en 1987, organisés par Teresa Brennan. Celle-ci a fait des études à la Clinique Tavistock et a écrit un bouquin appelé History after Lacan, pas encore traduit en portugais. Il y a des féministes qui ont adhéré à la théorie lacanienne et prennent le parti de Lacan, d'autres l'utilisent pour affirmer leurs propres convictions.
Un des questionnements du livre Para Além do Falo, uma crítica a Lacan do ponto de vista da mulher, en français ce serait Au-delà du phallus, une critique adressée à Lacan du point de vue des femmes, c'est la nécessité de repenser les associations fixes, et à l'introduction, Teresa élabore comment les idées se fixent, en faisant un retour au symbolique chez Freud, et elle se rend compte que les clichés et stéréotypes mal ajustés, les oppositions anglo-américain / français, essentialiste / non essentialiste qui ont aidé à pousser les débats, en viennent à constituer un problème, quand se diluent les différences et que ça conduit à la stagnation par rapport à certains points capitaux.
Brennan situe les impasses de la discussion visant la manière de les surpasser dans le débat entre psychanalyse et féminisme. Les questions sont : le statut du symbolique lacanien, la différence et la connaissance sexuelles, l'influence de l'essentialisme sur la politique féministe et le rapport entre la réalité psychique et le social. Sa thèse serait que la réflexion sur ces questions a atteint une impasse due à la méconnaissance des contextes politique ou psychanalytique, la problématique politique et la psychanalytique ont été embrouillées dans l'écriture féministe. Elle dit que la psychanalyse est une entité entièrement politique, la question étant de contexte et d'accent sur les processus psychiques doit être prise en compte, avant qu'une critique politique puisse être élaborée pleinement, avant que le politique puisse figurer de façon productive, prenant en compte les questions psychiques, au lieu de les ignorer.
Après, elle situe les divisions du mouvement en termes géographiques, ce qui montre comme les approches peuvent être différentes, les françaises pensent les femmes comme différentes, les anglo-américaines comme égales. Les britanniques, spécialement, Juliet Mitchell défendent Lacan et Freud. Les françaises, Luce Irigaray et principalement Hélène Cixous cherchent des chemins pour contourner la dominance phallique impliquée dans la loi du "symbolique" de Lacan. Aux États-Unis, le projet a trouvé plus de sympathie et se déploie créativement, disent-elles.
La théorie de Lacan ne contemple que l'ordre patriarcal de la langue, elle couvre aussi l'organisation psychique, le symbolique comme organisateur des rapports humains ; hors de la loi symbolique, le coût de se désister du symbolique, c'est la psychose. Mitchell et Julia Kristeva partagent ce point. Pour cette dernière, la théorie de Lacan compte pour pas mal de choses, mais pas pour tout. Le constat de la valorisation du masculin dans la société et du lien entre la différence sexuelle et la dominance phallique va être élaboré. Ce lien paraît plus difficile à rompre.
Le phallus est la marque du manque et de la différence, en particulier, de la différence sexuelle. En tant que marque du manque, il se réfère au fait que le sujet n'est pas complet. En tant que marque de la différence, le phallus est lié au logos, au principe que la reconnaissance de la différence est la condition pour la logique et pour le langage. La pensée en tant que telle exige la différence. La différence sexuelle est cruciale pour qu'on puisse parler et penser. La reconnaissance visuelle de la différence sexuelle lie l'expérience hétérogène du corps sensible, sensoriel, à la structure différentielle du langage ; le langage qui permet de nommer la différence.
Liant le corps à ce processus de réflexion, nous nous confions à la représentation visuelle de la différence sexuelle. Le lien entre phallus et pénis insiste et persiste. Les féministes, influencées par Lacan, ont soutenu que les deux sexes peuvent occuper les places masculin et féminin ; celles-ci s'échangent, aucun d'eux ne possède le phallus.
L'idée que le phallus est représenté par le pénis implique que les hommes sont plus capables de se différencier et les femmes, en étant moins différenciées seraient plus prédisposées à la psychose. C'est de là que surgit un paradoxe : le symbolique patriarcal est une condition pour la santé, à l'exception de celle des femmes ? Cet embrouillage lacanien est le contexte d'une grande partie de l'oeuvre d'Irigaray.
Le phallus et le logos sont fermement liés par une identification spéculaire. Le phallus marque une identification fixe, le problème c'est la nature de l'identification au signe, et la façon dont les signes se fixent les uns aux autres, formant des blocs d'identification pétrrifiés, et Brennan essaie de penser comment nous nous mouvons au-delà des identifications. Le symbolique fragmente l'imaginaire mais pas sans l'aide d'un interlocuteur.
Irigaray et Cixous partagent cette critique faite à la métaphysique de Lacan par Derrida argumentant que Lacan privilégie la différence sexuelle et lie la sexualité à une connaissance dépendante d'oppositions binaires, où la masculinité domine par la présence, et la rationalité est établie au moyen de l'exclusion du féminin. Il peut paraître que le choix s'impose entre être rationnel, logique et être féministe, choix entre raison et révolution. Ça nous mène à des débats sur l'épistémologie, la dépendance de la métaphysique occidentale de la présence et de l'exclusion ou absence du féminin. Débats qui sont cruciaux, soit dans les termes de sa trajectoire, soit dans son rapport avec la psychanalyse. Ce sont des façons de traiter la notion que la féminité n'a pas de contenu, que c'est un terme négatif ; que la différence sexuelle, c'est la différence par rapport au phallus.
L'essentialisme est discrédité, théories qui croient en quelconque aspect de la " nature humaine ". Quelque chose d'inné, naturel, biologique, préétabli, qu'on ne puisse pas changer. Cette critique de l'essentialisme a été construite dans le contexte des années 70, dans les visions reçues du marxisme. Son présupposé est devenu plus net : les théories essentialistes sont celles qui appellent à la biologie sexuelle.
Au début des années 80, d'importantes féministes britanniques ont endossé la théorie lacanienne comme non-essentialiste parce qu'elle théorisait la féminité comme une construction non biologique, proclamait que la féminité n'a pas de contenu et laissait la position féminine disponible aux deux sexes. Jane Gallop vient s'interroger sur la raison de l'aval donné à la théorie lacanienne si la féminité qu'elle théorise n'est ni biologique, ni historique. Et de nombreux critiques ont signalé que cette description de la féminité implique encore de la biologie : la féminité comme terme négatif de la différence sexuelle est construite par rapport au phallus et le pénis essentialiste et totalement naturel se prête à la représentation du phallus. Le symbolique dépend de cette construction et c'est une occurrence essentialiste universelle. Des féministes sympathisantes de Lacan et d'une tradition socialiste, disent que Irigaray est essentialiste, et donc elle était trompée puisqu'elle évoquait le corps féminin et que, par contraste, la théorie lacanienne de la féminité est non-essentialiste. Il est ironique que cette critique ne prenne pas en compte la préoccupation de Irigaray avec le symbolique. Un autre clivage vient à son tour refermer le champ de cette question: d'un côté, (ce sont) ceux qui reconnaissent la loi symbolique et s'opposent à l'essentialisme ; de l'autre, (ce sont) les essentialistes. Ces mots ont fait le pont entre la théorie marxiste et la lacanienne. Ils proposent un moyen de concilier des points de vue politiques et psychanalytiques qui pouvaient être en conflit. La préoccupation ici, c'est avec le non-essentialisme comme une supposée vertu, indépendante du contexte politique ou psychanalytique.
Dans des termes généraux, quelques-unes se fondent sur les critiques de Freud et Lacan, élaborées principalement par Irigaray et Cixous. Un des textes du livre Para Além do falo pose l'importance de Clarice Lispector pour Hélène Cixous, et Teresa suggère que, peut-être, Hélène cherchait et trouvait en Clarice un point d'identification pour ce qu'elle essayait de dire et que les mots n'arrivaient pas à dire complètement. Teresa est psychanalyste, elle saisit et explicite le point d'identification comme fixation de laquelle il s'agirait plus de se désaccrocher, elle parle ainsi du point aveugle d'Hélène, et je laisse, ici, mon hommage à l'écriture de Clarice Lispector : c'est vraiment impressionnant de sentir comment elle réussit à saisir le féminin dans la vie, le petit, l'insignifiant !
Brennan en vient à penser, en termes freudiens, la fixation des idées et le processus analytique historique de revenir en arrière, suspendre l'habituel, reconstruire l'histoire à partir de ses prémisses pour voir si les choses paraissent différentes. Elle déconstruit les identifications trompeuses, qui constituent des blocages imaginaires à la compréhension, et reconstruit une autre histoire. La reconstruction ne consiste pas seulement à se rappeler de ce qu'il serait mieux d'oublier, mais aussi, citant Spivak, une des auteurs du livre, à "oublier activement " ce qu'il serait mieux de se rappeler. Ça remet au savoir que la haine est première mais qu'il est mieux de ne pas y penser, pour advenir en tant que sujet, il faut conduire les forces primaires à opérer la séparation. Le maniement de ces forces primordiales, c'est la matière vivante de la psychanalyse.
Notre question sur l'erreur de traduction lors du passage de Freud à l'anglais est reprise par Rachel Bowlby, au deuxième chapitre, dans un texte appelé Doida ainda, depois desses anos todos (Folle encore après toutes ces années). Doída peut aussi renvoyer à blessée, et là elle explore un des sens du terme refus comme refus du féminisme par la psychanalyse et refus de la psychanalyse par le féminisme. Elle nous dit des choses importantes pour le travail que je faisais sur le traducteur. Elle analyse la barre, ce qui lie et sépare, mais elle met l'accent sur l'intersection : "Psychanalyse et féminisme ont été ensemble fixés à quelque chose qui paraît être devenu un rapport interminable, marqué par des expressions de sentiment violent de deux côtés."
En fouillant le grenier, elle trouve un papier écrit dans un langage étrange qu'elle essaie de déchiffrer. Alors elle dit : " Si je n'ai pas trouvé la solution dee l'énigme, peut-être me suis-je heurtée à quelques-unes des raisons par lesquelles il continue insoluble. Autrement dit : j'ai trouvé la clef de la porte, mais je ne sais pas s'il y a quelque chose au-delà."
Elle examine le mot refus et ce qui lui arrive lors du trajet de Vienne à Londres, dans la traduction de l'allemand à l'anglais par Strachey et elle prend le parti de Lacan. Un des mots allemands traduit par refus, verwerfen, c'est le mot duquel, selon l'une des acceptions trouvée chez Freud, Lacan extrait le concept de forclusion associé à la psychose. Elle argumente qu'il existe une différence cruciale dans les deux mouvements, celui de Strachey et celui de Lacan, et Brennan dit :
"Lacan admet ouvertement dériver des implications qui ne sont pas thématisées dans le texte original, Strachey, qui ne dit rien sur ce qu'il prétend, contrebande par la porte de fonds, sous la mascarade d'une version directe, sa peste sur les femmes. Mais les termes moraux peuvent être inversés. Strachey est un simpliste qui ne se rend pas compte du ressort de ce qu'il fait, tandis que Lacan présente comme fidèlement freudienne une chose qui n'est pas vraiment dans l'original. Distinguer entre l'interprétation critérieuse et l'obtuse implique le même appel au texte original comme le roc qui abrite le minerai brut du signifié incontestable. Avec la traduction de Strachey, le correct et le faux deviennent indiscernables. Même si on pouvait démontrer que le refus de la féminité ne correspond pas à ce que Freud réellement a déclaré ou voulait dire, ça n'éliminerait pas toutes les querelles sur la psychanalyse en langue anglaise qui se poursuivent entre-temps."
Une des acceptions de die Verwerfung est celle de faille géologique, en inversant la liberté prise par le traducteur, elle redonne sens au passage d'Analyse finie et infinie. Il paraîtrait que le " roc vivant biologique " n'était pas le refus de la féminité mais bien la faille de la féminité laissée ouverte, dans le glissement entre les strates, la possibilité qu'il existe encore une autre faille par où avancer, plus archaïque et non découverte antérieurement.
Dans l'autre morceau en question, c'est le signifié de weisen von sich, exiler ou bannir, dans le texte Homosexualité Féminine. Le mot même de refus a exilé et banni la féminité qui peut-être n'aurait pas été bannie du texte original. Cette histoire d'exil forcé, c'est aussi l'histoire de la perception subite et massacrante que la fille a de son sexe et de son départ avec un passage d'allée seulement à la terre distante de la féminité, qui ne vient jamais ou à laquelle on n'arrive pas.
Revenons maintenant à l'erreur de traduction du livre de Pommier. Si l'intervention qui a transformé le signifiant en insignifiant était l'oeuvre d'une traductrice qui saurait le ressort de son travail, elle assumerait ses intentions, ce qui avaliserait l'erreur comme une option explicitée au texte, et non pas ainsi, en essayant de passer inaperçue, en nous supposant non avertis, candides, soumis à son pouvoir. Ce fait vient démontrer que notre travail de révision, de comparaison des versions gagne du relief dans le contexte psychanalytique.
Un grand merci à Catherine Alcouloumbré de sa lecture attentive du français.
São Paulo, setembre 2001
Mirian Giannella
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E-mail: giannell@uol.com.br
http://sites.uol.com.br/giannell/
Bibliographie
BRENNAN, Teresa. Para Além do Phallus - uma crítica a Lacan do ponto de vista da mulher. Tradução de Alice Xavier, Rio de Janeiro : Record : Rosa dos Tempos, 1997.
GIANNELLA, Mirian. A Tradução e A Mulher, Boletim da Pulsional, nº107, mar. 98, Revista Seele, mar. 99. http://www.roadnet.com.br/seele/numero.9/9mirian.htm
LACAN, Jacques. Le Séminaire, livre XX, Encore (1972/73), Paris: Seuil, 1975.
______________. O Seminário, livro XX, Mais, ainda (1972/73), tradução de M. D. Magno, Rio de Janeiro: Zahar, 1985.
POMMIER, Gérard. A exceção feminina, os impasses do gozo, tradução de Dulce Duque Estrada, Rio de Janeiro: Zahar, 1987.
______________. L'Exception Féminine, Aubier, 1996.
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